Séminaire
Ordre et désordre urbain : perspectives de recherche contemporaines en communication
Cette séance portera sur les mondes urbains et les formes de vie qui s’y déploient tels que saisis par les sciences de l’information et de la communication. Les recherches articulant médias, territoires de vie et identités sont particulièrement cruciales dans des sociétés constamment en quête de « solutions » que ce soit sur les plans technologiques, idéologiques, sociaux et symboliques. Le séminaire se penchera spécifiquement sur les médiations de l’ordre et du désordre urbain. Les connaissances désormais acquises sur l’« urbanisation médiatisée » (Thierry Paquot) à partir d’entrées multiples comme la «ville créative » ou « la ville intelligente » ou encore la surveillance, ont démontré la pertinence d’études scrupuleuses, attentives à la mise en récit et aux contre-récits, aux effets symboliques des dispositifs médiatisants, à la tension critique entre la ville vue du sol et sa médiatisation numérique, etc. Ainsi, à l’approche parfois déterritorialisée des « imaginaires » et de leur performativité, est associée une pratique de l’enquête à partir des milieux de vie, prenant plus fortement en compte, par exemple, les médiations spatiales. Dans la continuité des réflexions développées au sein d’Elico sur les données urbaines, sur les identités territoriales, et en écho à l’Ecole d’été doctorale « Politiques des ambiances urbaines » co-organisée de 2019 à 2024, il s’agira de discuter de perspectives critiques et méthodologiques de l’enquête communicationnelle sur la ville. Cette séance s’inscrit plus particulièrement dans la thématique d’ELICO, Territoires : Santé, Transitions, Patrimoines.
Elle sera introduite et animée par Julia Bonaccorsi, professeure à Elico, et réunira deux interventions.
Dans un premier temps, Louis Champalle doctorant à Elico nous partagera son travail de thèse, intitulée Les mots et les lieux de l’agriculture urbaine.
Il présentera précisément les résultats d’une enquête ethnographique qu’il a menée dans un jardin partagé urbain, en questionnant sa clôture. La clôture est un élément à la fois périphérique et central du jardin partagé. Elle distingue le lieu (Certeau, 1990) de son milieu (Berque, 2016), permet de le situer, tout en matérialisant les rapports que ces deux éléments sont amenés à entretenir. À partir d’une méthode ethnographique, ces rapports sont interrogés à partir des habitants-jardiniers d’un jardin partagé du 7ème arrondissement de Lyon, qui donnent du sens à la clôture à la fois par leurs usages du lieu, leur expérience urbaine quotidienne, mais aussi par le regard qu’ils portent sur le milieu dans lequel le lieu se situe. La clôture matérialise ainsi à la fois le lieu à partir duquel les jardiniers s’entendent pour former une équipe (Goffman, 1973), mais aussi leur public et sa potentielle expérience du lieu que l’équipe préfigure (Frame, 2013), par jeu d’exclusion et de distinction, prêtant à certains usages une qualité d’anomie (Elias, 1997). La clôture devient un objet qui affirme la centralité du lieu, tout en tenant compte de sa périphérie qui le façonne en tant que sémiosphère (Lotman, 1999). Au delà de définir un territoire (Barthes, 2002), la clôture peut être conçue comme un espace en soi.
Nous aurons ensuite le plaisir d’accueillir pour une conférence Giorgia Aiello, professeure dans le département de Sciences sociales et politiques de l’Université degli studi di Milano, professeure invitée à l’Institut de la communication de l’Université Lumière Lyon 2 en avril 2026. Ses travaux portent sur la communication visuelle dans la construction et la promotion des identités sociales et culturelles. Elle s’intéresse plus largement à la manière dont l’esthétique façonne et est façonnée par les enjeux économiques et politiques. Ses recherches visent à comprendre comment les identités se forment, comment la différence et la diversité sont négociées, et comment les inégalités sont maintenues ou surmontées par le biais des images, de l’environnement urbain bâti et du design multimodal. Elle a publié trois ouvrages, traduits en italien et en français.
Invité.e.s
Giorgia Aiello, professeure invitée à l’ICOM, Université Lyon 2.
Organisateurs
ELICO
Résumé
Titre : The Postdigital City: A research agenda
Over the past decade, the role of digital technologies in shaping cities has become prominent in urban research. Big data, social media platforms, and algorithmic logics are now central to how urban space is both represented and materialized, while the “smart city” has taken center stage in public and academic debates. More recently, scholars have begun to focus on the aesthetic dimensions of cities’ digital infrastructures. However, in digital urban research, aesthetics is still too often treated as an outcome rather than as an active force in processes of spatial transformation and inequality. I argue instead that aesthetic considerations routinely drive political and economic choices that result in urban injustice. Drawing on examples from European and North American cities, I show that an “aesthetic trope” frequently underpins urban redevelopment, framing visual disorder as a social problem and legitimizing capital-driven transformation. At the same time, digitally mediated imaginaries narrow urban sensibilities around photogenic vistas and marketable lifestyles. To move beyond platform-centric accounts of the “digital city,” I advocate a research agenda on the “postdigital city” that foregrounds visual-material engagements with urban environments and reconnects digital analysis with lived urban experience.
Date et lieu
24 avril 2026 / 9h30-12h
en présentiel Campus Berges du Rhône, Bâtiment GAIA Salle 409 : https://visio.numerique.gouv.fr/oya-icgl-xsv