[MJT] Axe « Médias et identités professionnelles : enjeux de (dé)construction et d’assignation »
Jeudi 15 octobre
9h Qui est légitime pour informer ? Concurrence et redéfinition des frontières journalistiques sur TikTok en contexte de crise
Lisa Bolz (Laboratoire GRIPIC, Sorbonne Université)
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9h30 La dépendance algorithmique dans les médias « libres et indépendants ». Les usages discursifs de l’indépendance à l’épreuve des plateformes
Téo Cazenaves (Laboratoire Céditec, Université Paris-Est Créteil)
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10h Journalistes, vulgarisateurs ou créateurs de contenus ? Comprendre les reconfigurations de l’information politique par l’étude des trajectoires des youtubeurs
Quentin Gilliotte (Laboratoire CARISM, Université Panthéon-Assas)
La communication sera l’occasion d’analyser les formes d’innovation éditoriale déployées par les créateurs de contenus politiques sur YouTube à l’occasion de l’élection présidentielle de 2022. En mobilisant une enquête mixte croisant recherche documentaire sur 175 créateurs et 31 entretiens semi-directifs, je mettrai en lumière le rôle structurant des trajectoires sociales et professionnelles dans les manières de produire de l’information politique sur la plateforme. L’analyse distingue quatre grands espaces éditoriaux (militantisme, monde académique, journalisme, entrepreneuriat de plateforme), chacun décliné en deux sous-types selon les postures politiques et les formats mobilisés. Je montre que l’innovation dans le traitement de l’information politique ne se déploie pas de manière homogène, mais selon deux logiques différenciées : une innovation « par le bas », portée par des créateurs aux parcours disqualifiés investissant des formes de médiactivisme ; et une innovation « par le haut », portée par des entrepreneurs de la plateforme optimisant leur présence au croisement de l’information et du divertissement. Au-delà des enjeux d’innovation, YouTube apparait aussi comme un espace permettant à certains acteurs existant dans les marges du journalisme, de l’enseignement et de la recherche de se maintenir et de vivre de l’activité.
10h30 Du journal aux pages Facebook : déplacement des tensions publiques en contexte de désertification informationnelle
Nicolas Faucon (Laboratoire COMSOC, Université Clermont Auvergne)
La disparition des médias locaux ne fait pas disparaître les débats publics qui traversent les territoires ; elle modifie les équilibres d’un écosystème informationnel où coexistent déjà journalistes, institutions, associations et espaces socionumériques. À partir du cas de Valserhône (Ain), privée depuis novembre 2024 de son principal hebdomadaire local (La Tribune Républicaine), cette communication analyse les recompositions des médiations informationnelles locales dans un contexte de désertification journalistique.
L’enquête repose sur une approche qualitative associant l’analyse de publications et de commentaires issus de plusieurs pages et groupes Facebook locaux à des entretiens semi-directifs menés auprès d’anciens journalistes, d’administrateurs de groupes Facebook et d’autres acteurs du territoire. Cette démarche permet d’observer non seulement les formes prises par les controverses locales sur les plateformes, mais aussi les pratiques médiatiques de ceux qui les animent.
Les premiers résultats montrent que les groupes Facebook ne constituent ni un substitut homogène à la presse locale ni un simple espace de conflictualité. Ils remplissent des fonctions différenciées : diffusion d’informations pratiques, valorisation de la vie associative et commerciale, entretien d’une mémoire territoriale, ou encore publicisation de controverses politiques. La disparition du journal local n’a donc pas fait émerger ces espaces, mais a contribué à reconfigurer leurs places respectives au sein de l’écosystème informationnel local.
L’analyse d’une controverse autour du désert médical, devenue un enjeu central de la campagne municipale de 2026, montre enfin que si les conflits publics ne naissent pas avec Facebook, leur mise en visibilité s’accompagne d’une personnalisation accrue des échanges, d’une montée des registres émotionnels et d’un affaiblissement des mécanismes de vérification et de contradiction auparavant assurés par le journalisme local. L’étude met ainsi en évidence une redistribution des fonctions de médiation entre une pluralité d’acteurs non journalistiques, aux identités et aux pratiques différenciées.
11h30 La carte de presse comme enjeu de luttes de légitimité professionnelle et entre modèles journalistiques
Cégolène Frisque (Laboratoire CENS, Nantes Université)
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12h Le fact-checking à la télévision. Une reconfiguration des normes journalistiques ?
Céline Ségur (Laboratoire CREM, Université de Lorraine)
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12h30 Objectivité journalistique et « voix propre » des contre-publics : rendre compte des contre-discours sécuritaires dans la presse traditionnelle. Le cas de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Caroline Wintgens (Université de Liège)
Après avoir établi un cadre théorique et méthodologique permettant de se saisir de la notion de « contre-discours sécuritaire », cette communication examine la manière dont les médias traditionnels rendent compte des « contre-discours » élaborés par les mouvements sociaux, en se concentrant sur l’effet de l’objectivité journalistique sur leur « voix propre » (Fraser 2001). Elle s’appuie sur une analyse qui s’intéresse plus largement aux (contre-)discours sécuritaires et aux diverses façons dont ils participent à la construction des identités collectives. Il s’agit ici d’explorer le cas de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à partir de textes issus de l’auto-média zad.nadir.org, d’une part, et d’articles publiés dans le quotidien Ouest-France, d’autre part.
Les résultats montrent que, même lorsque les contre-discours obtiennent « reconnaissance » dans les grands médias (Voirol 2005; Dalibert et Quemener 2017), leur « voix propre » en est effacée. Si les contenus des discours sécuritaires élaborés sur la ZAD (saisis grâce au concept de « sécuritisation » (Buzan et al. 1998)) apparaissent à quelques reprises dans la presse traditionnelle, ce n’est pas le cas de la manière dont ils sont mis en récit. Cet effacement participe à la reconfiguration des identités collectives, transformant des récits mettant en scène un « nous-territoire » positionné au « centre du monde » (Huysmans 1995) en un « ils » qui s’oppose à un autre « ils ». Ils font l’objet d’une dépolitisation qui passe par la façon dont le conflit sécuritaire est raconté, ce qui a des conséquences sur la prise de parole collective et la constitution de l’identité qui est en jeu.
L’inscription dans les discours eux-mêmes des idéologies professionnelles des journalistes, en particulier la conception de l’objectivité comme « vue depuis nulle part » (Callison et Young 2020) et l’exigence d’immédiateté, expliquent cette impossibilité à restituer pleinement la voix des mouvements sociaux. Ces résultats invitent dès lors à penser des pratiques journalistiques permettant de rendre compte plus fidèlement des contre-discours.