[MJT] Axe « Enjeux discursifs et professionnels des questions écologiques »

Vendredi 16 octobre

9h Pesticides sous tension : quand les journalistes font parler la science
Baptiste Schummer (Laboratoire CERAPS, Université de Lille)

Cette communication propose d’analyser le processus de construction médiatique des pesticides à travers les choix discursifs et les pratiques des journalistes. Située au croisement de l’analyse du discours, de la sociologie du journalisme et des controverses environnementales, elle interroge les tensions qui traversent le traitement médiatique de ces substances dans un contexte marqué par la montée des préoccupations écologiques et des conflits autour des modèles agricoles. L’étude repose sur une analyse qualitative et quantitative de plusieurs corpus (presse écrite traditionnelle, médias audiovisuels et en ligne) couvrant la période 2021-2025. Celle-ci est complétée par des entretiens semi-directifs avec des journalistes spécialisés afin de comprendre comment les savoirs scientifiques sont sélectionnés, interprétés et traduits dans l’espace médiatique.

Une attention particulière sera portée à la concurrence entre les termes « pesticide » et « produit phytosanitaire ». Loin d’être une simple variation lexicale, cette coexistence participe à des cadrages différenciés du problème public. Alors que « produit phytosanitaire » s’inscrit dans des registres techniques et réglementaires, « pesticide » est plus fréquemment mobilisé dans des contextes de controverses sanitaires ou environnementales. Ces choix terminologiques traduisent des rapports différenciés aux savoirs scientifiques et contribuent à orienter les représentations du public.

Au-delà des usages lexicaux, la recherche met en évidence les tensions professionnelles auxquelles sont confrontés les journalistes lorsqu’ils traitent de résultats scientifiques incertains ou controversés. À travers le cas des pesticides, le journalisme y apparaît moins comme un simple relais de la science que comme un espace de médiation où se négocient les définitions légitimes des problèmes publics.

9h30 Sortir de la routine par la politisation des enjeux ? Journalistes et algues vertes en baie de Douarnenez
Loïc Ballarini (Laboratoire Arènes, Université de Rennes)
Juliette Daquin (Laboratoire Arènes, Université de Rennes)

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10h Le traitement des enjeux environnementaux sur Twitch : une fabrique de l’information entre contraintes journalistiques et économie performative
Nina Barbaroux-Pagonis (Laboratoire IMSIC, Aix Marseille Université)

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11h L’urgence écologique « à la une » ou « par la bande » ? Analyse comparée de deux offres éditoriales française et québécoise
Muriel Béasse (Laboratoire CRESAT, Université de Haute-Alsace)

Les sites d’information Vert.eco en France et Un.point.cinq au Québec, créés respectivement en 2020 et 2017, ont en commun de proposer un traitement médiatique alternatif des défis environnementaux liés à l’urgence climatique. Si la stratégie du média français consiste à « mettre l’écologie à la une », le média québécois a fait de son côté le pari de l’information indirecte en considérant, selon les termes d’un responsable éditorial de ce média, que « la meilleure façon de parler de changement climatique, c’est de ne pas parler de changement climatique ». Comment s’articulent ces stratégies éditoriales dans les choix organisationnels et de médiations qui s’y associent ?
La différence entre les journalismes français et québécois est souvent bien établie, en considérant la presse française plus engagée politiquement à l’inverse d’une presse québécoise qui suivrait le modèle du journalisme nord-américain, moins marquée idéologiquement. Il demeure toutefois plus de conformités qu’il n’y paraît sur le plan éditorial. Si ces deux médias se situent dans des contextes politiques et socioculturels distincts, ils sont néanmoins confrontés à un marché médiatique dominé par les logiques de groupes puissants qui les amènent à ruser.
L’étude s’appuie sur l’analyse des différentes données que forge l’énonciation éditoriale des deux médias incluant des entretiens réalisés auprès des responsables de ces deux publications. Elle nous amène à souligner les déclinaisons spécifiques d’un journalisme de solution auquel se réfèrent les responsables de ces publications. Elle précise ainsi les différents cadrages et stratégies mobilisatrices de ces médias qui cherchent tout aussi bien à inciter les publics à passer à l’action sur les questions sociales et environnementales contemporaines, qu’à initier d’autres façons de faire de l’information. 

11h30 Le positionnement journalistique dans le traitement des engagements écologiques émotionnels et militants : analyse d’un corpus de presse généraliste régionale et nationale
Lucille Lamache (Laboratoire GRIPIC, Sorbonne Université)
Diane Garinat (Laboratoire GRIPIC, Sorbonne Université)

En France au tournant des années 1970, la question environnementale est le terrain de prédilection d’une presse spécialisée revendiquant explicitement une dimension militante. La disparition de ces périodiques au début des années 1980 et l’intégration de certain⸱es journalistes-militant⸱es au sein de rédactions de presse généraliste favorisent le mouvement d’institutionnalisation de cette spécialité journalistique et entraîne des formes de cadrage « déconflictualisées » de la question écologique. Dans cette perspective, à l’heure d’un renouveau dans les mobilisations écologistes, nous cherchons à questionner la façon dont le champ journalistique se positionne par rapport à la mouvance écologiste nouvellement (re)constituée.
L’étude s’appuie sur un corpus de 193 articles de presse française généraliste nationale et régionale (2019-2024) constitué à partir de la tension repérée entre nos objets de recherche respectifs : les émotions liées à la question écologique, synthétisées par la formule d’éco-anxiété, et les formes d’engagement militant qui en résulteraient. Nous étudions la manière dont les modalités et marques d’énonciation journalistiques et éditoriales engendrent des positionnements différenciés par rapport à ces formes d’engagement et, par conséquent, par rapport à la mouvance écologiste contemporaine : quel est le rapport de ces énonciateur⸱ices à l’engagement émotionnel et militant qu’ils et elles rapportent ? Quelles possibilités de (dé)politisation de l’enjeu écologique engendre ce rapport ?
Nous repérons une tendance de fond à favoriser les discours sur une écologie moins conflictuelle, qui s’exprime au-delà des clivages idéologiques. Les journalistes mettent à distance ce qu’ils et elles présentent comme des figures radicales par des modalités de traitement, marques d’énonciation et champs sémantiques spécifiques, qui produisent une figure de l’Autre, un eux émotionnel et militant à l’opposé duquel se dessine en creux un nous neutre et raisonnable.

12h Entre urgence lente et contraintes éditoriales : les tensions médiatiques des risques écologiques diffus
Sébastien Rouquette (Laboratoire COMSOC, Université Clermont Auvergne)
Thomas Bihay (Laboratoire ELICO, Université Jean Moulin Lyon 3)

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