[MJT] Axe « Médias et identités sociales : enjeux de (dé)construction et d’assignation »
Jeudi 15 octobre
14h30 Entre silenciation et reconnaissance : tensions dans la médiatisation des mémoires autochtones au Canada
Sarah Laou (Université du Québec à Montréal)
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15h Médias féministes et reconfiguration des normes journalistiques au Sénégal : étude de Warkha TV et Info Elles
El Hadji Malick Ndiaye (Laboratoire GRESEC, Université Grenoble Alpes)
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15h30 « Espérer que ça va bouger un peu de soi-même » : Le problème des inégalités de genre dans les contenus médiatiques à l’épreuve des normes professionnelles du journalisme
Ange Richard (Laboratoire PACTE, Université Grenoble Alpes)
Le sujet des déséquilibres de genre dans les représentations dans les contenus médiatiques est un problème public (Gusfield, 1981) portant des enjeux féministes dans la sphère professionnelle du journalisme. Sujet de fond des luttes féministes depuis les années 1970, la question a ressurgi de manière interne dans les rédactions durant les années 2010 avec les mouvements #MeToo et l’affaire de la ligue du LOL (Damian-Gaillard et al., 2021). Suite à ces réactivations du problème, certaines rédactions de presse en France ont mis en place des changements organisationnels pour prendre en compte ces enjeux. Dans ce contexte, je m’intéresse à la traduction de ce problème public féministe en un problème professionnel, et aux luttes autours des questions de normes professionnelles du journalisme que cette traduction engendre.
Je montre, à partir de l’étude du cas d’un pureplayer d’information, comment les conditions de cette prise en compte de ces enjeux féministes au sein du journal sont liées à leur traduction en codes compatibles avec les valeurs professionnelles du journalisme. Je présenterai plusieurs exemples, comme les discussions autour de l’utilisation collective de l’écriture inclusive, qui sont féconds pour rendre compte des tensions autour de la régulation de pratiques fondamentales pour l’identité des journalistes, telles que l’autonomie (Gans, 2004). La trajectoire du problème dans la rédaction donne à voir des formes de régulations qui ne veulent déconstruire les normes professionnelles. Cette appropriation professionnelle d’un problème féministe atténue la portée des « interventions féministes dans les rédactions » (Byerly, 2006).
16h30 Légitimer la dénonciation médiatique des violences sexuelles en politique : des luttes féministes dans l’arène journalistique aux « affaires de violences sexistes et sexuelles »
Charlotte Buisson (Laboratoire CARISM, Université Panthéon-Assas)
Au cours de la seconde moitié des années 2010, de nombreuses personnalités politiques ont été accusées, dans les médias, d’avoir commis des violences sexuelles. Ces dénonciations se sont opérées dans l’espace médiatique, et sans que des procédures judiciaires ne soient nécessairement engagées à leur encontre. On peut ainsi penser à « l’affaire Baupin », à « l’affaire Bayou » ou encore aux accusations portées à l’encontre de Gérald Darmanin.
Inscrites dans le registre de « l’affaire », dans un contexte marqué par la médiatisation grandissante des questions féministes en lign et hors-ligne, ces dénonciations nous invitent à interroger les modalités à partir desquelles les violences sexuelles commises par les professionnel·les de la politique sont progressivement devenues un objet journalistique légitime. En effet, l’analyse de « l’affaire DSK », et les réticences des journalistes de l’époque à traiter du sujet malgré la publicité relative des comportements déplacés de DSK envers les femmes au sein de l’arène journalistique, illustrent combien la dénonciation, par et dans les médias, des violences de genre en politique n’a pas toujours été de soi.
À partir d’une vingtaine d’entretiens semi-directifs menés auprès de journalistes et de militantes féministes, analysés à partir d’une approche en sociologie pragmatique des problèmes publics, cette communication interroge la manière dont les violences de genre se sont progressivement imposées, grâce aux journalistes féministes, comme un objet journalistique légitime au sein de l’arène journalistique, et plus spécifiquement du journalisme politique français.
17h La médiatisation du féminicide en France : stratégies discursives et normes journalistiques en tension
Emmanuel Marty (Laboratoire GRESEC, Université Grenoble Alpes)
Lorreine Petters (Laboratoire GRESEC, Université Grenoble Alpes)
Chloë Salles (Laboratoire GRESEC, Université Grenoble Alpes)
En France, l’usage du terme « féminicide » dans les médias est récent et marque un passage de la couverture de ces violences d’un mode fait-diversié à une approche plus politique et systémique, bien que ce changement reste inégal selon les médias. Dans cette contribution, nous proposons d’analyser la couverture médiatique du féminicide comme un révélateur des tensions internes au champ journalistique, à l’intersection des normes professionnelles, des engagements individuels et collectifs, et présidant aux stratégies discursives des différents médias. Afin d’examiner ces tensions, nous menons une analyse des productions médiatiques à partir d’un corpus de 1007 articles de presse publiés entre 2017 et 2024 dans 10 médias d’information politique et générale, incluant des titres de la presse quotidienne nationale (La Croix, Le Figaro, Le Monde, Libération), leurs déclinaisons web respectives, ainsi que deux médias natifs du web (Les Jours, Mediapart).
La méthodologie adoptée s’articule en trois temps. La première étape vise à identifier les cadres médiatiques présents dans notre corpus à partir d’une analyse de données textuelles via le logiciel IRAMuTeQ. A partir de ce premier défrichage, la deuxième étape s’attache au repérage des éléments narratifs, des sources d’information mobilisées et des angles adoptés. La troisième étape est fondée sur des entretiens semi-directifs menés auprès de journalistes travaillant au sein des médias étudiés. Il s’agit alors de cerner les manières dont ces professionnel·les envisagent les normes professionnelles dans la couverture du féminicide et comment ils et elles entendent œuvrer à son inscription dans l’espace public.
Le poids donné au féminicide dans la production médiatique d’un titre, l’adoption de chartes, la création de postes dédiés aux questions de genre et l’investissement de journalistes au sein d’espaces de débat et de regroupements professionnels témoignent de la négociation des normes professionnelles et manifestent les transformations à l’œuvre dans le champ journalistique.