[MJT] Axe Extrême-droitisation des médias et déplacement des normes journalistiques
Mercredi 14 octobre
14h Cartographie de la nébuleuse néo-réactionnaire : circulations, carrières et réseaux affinitaires entre médias traditionnels et WebTV
Thibault Grison (Laboratoire GRIPIC, Université de Lille)
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14h30 Normalisation discursive ou déplacement des normes ? La construction de l’altérité islamique dans Le Figaro lors de la séquence électorale française de 2024
Hiba Chaker (Université Hassan II de Casablanca)
Jaouad Bennis (Université Hassan II de Casablanca)
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15h Une extrême droitisation interrogée de l’intérieur. Le JDD, avant et après la grève (2023 – 2026)
Gabriel Pereira (Laboratoire CREM, Université de Lorraine)
Cette communication propose d’analyser l’extrême droitisation du champ journalistique (Kaciaf, Klaus 2024 ; Bouron, 2025) par les acteurs qui le composent et, dans le même temps, d’interroger les processus de redéfinition de la frontière entre journalisme et éditorialisme, information et opinion, objectivité et engagement politique (Ruellan, 2007 ; Cushion et alii., 2025).
Nous nous proposons d’interroger ce processus à partir du Journal du Dimanche (JDD), journal qui se positionnait plutôt au centre-droit du champ politique avant l’arrivée de Geoffroy Lejeune, ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles. Directement après sa prise de position, le titre de presse a vu son contenu politique accentuer son attention sur des enjeux identitaires (Lévrier, 2023) et a été vivement critiqué – et sanctionné – pour son manquement à la déontologie journalistique, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Parallèlement, les liens avec CNews et Europe 1 se sont resserrés : certains éditorialistes et journalistes habitués de ces plateaux ont écrit des articles et tribunes dans les colonnes du JDD. De plus, avec JDNews, repris dans la chaîne d’information en continu et à l’antenne radio, la bascule vers l’extrême droite s’est catalysée, en ce que des sujets mis en avant par l’extrême droite (insécurité, immigration, religion, Islam) sont repris par les journalistes.
La communication interroge la manière dont ces derniers produisent des informations dans l’un des médias appartenant aujourd’hui à Vincent Bolloré, en ayant recours à une comparaison des profils et de la routine de travail des journalistes du JDD qui ont fait grève durant l’été 2023 et ceux qui sont arrivés après le départ de l’ancienne rédaction, dans le but de comprendre dans quelle mesure ces changements affectent les modes de production et les contenus des informations au sein du titre dominical.
15h30 Émotionalisation et extrême-droitisation dans les discours journalistiques à la télévision : deux processus concomitants ?
Laure Beaulieu (Laboratoire CREM, Université de Lorraine)
Nicolas Hubé (Laboratoire CREM, Université de Lorraine)
Keyvan Ghorbanzadeh (Laboratoire CESDIP, Université de Versailles)
Cette communication cherche à comprendre les stratégies discursives d’émotionalisation de l’information (Beckett, Deuze, 2016 ; Peters, 2011) par des journalistes audiovisuels dans des médias dominants de quatre pays, la France, l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie. Dans quelles mesures les évolutions observables dans le temps peuvent être mises en lien avec les mécanismes d’extrême-droitisation des discours journalistiques (Hubé & Kervella, 2024) ? Elle repose sur le volet quantitatif du projet MORES (Horizon-Europe), analysant les reconfigurations émotionnelles des cadrages et mises en récit journalistique (Rosas, 2018 ; Richards, Rees, 2011).
Les données sont construites à partir de l’annotation des journaux télévisés de trois chaînes nationales sur trois périodes (2014, 2019 et 2024). Il s’agit d’y observer les similitudes et les différences entre les pays participants à l’étude (Pajnik, 2024) et les dynamiques dans le temps des reconfigurations du cadrage émotionalisé de l’information à la télévision. Or, à rebours des hypothèses de sens commun, dans deux tiers des cas, le présentateur ne mentionne aucune émotion dans son discours lors des lancements du JT. Nous nous interrogerons ici pour savoir si ces émotions sont plus présentes lorsque des thématiques ou des enjeux politiques historiquement portées par l’extrême-droite sont traitées par les journalistes, ou avancées par des sources. Nous croiserons ces résultats aux propriétés des chaînes pour voir si elles se distinguent dans leur mise en récit de ces thématiques. En outre, deux cinquièmes des annonces de journaux télévisés codées font référence à une délit et ce chiffre augmente de manière drastique entre 2014 et 2024 en France, de même que les sujets liés aux faits divers, sans toutefois nécessairement faire l’objet d’un cadrage émotionnel. Nous questionnerons le fait de savoir si ces discours journalistiques sur des infractions ou des délits mobilisent des émotions et reprenant des schèmes de pensée de l’extrême-droite (Ouakrat, 2023) ; ou au contraire si cette extrême-droitisation est plus thématique que de cadrage.
16h30 Du champ journalistique au champ du pouvoir : étude du contrat audio-visuel de trois médias français de « réinformation » d’extrême droite sur YouTube
Anatole Grimaldi (Laboratoire CREM, Université de Lorraine)
Pendant un temps exclue du champ journalistique, du moins des médias audiovisuels traditionnels, l’extrême droite française est parvenue à reconquérir une légitimité au sein de l’espace public médiatique grâce à la plateforme YouTube. En effet, c’est sur cette plateforme que se sont développés des médias dits de « réinformation » qui tentent d’exercer une position dominante dans le champ journalistique en prétendant respecter la déontologie qui dessine les contours d’un idéal professionnel. Cette communication portera sur les trois médias de « réinformation » suivants : VA Plus (chaîne de Valeurs actuelles), Boulevard Voltaire, Frontières. La recherche réalisée s’étend de septembre 2022 à juillet 2025 de façon à couvrir une période de tensions exacerbées que ce soit en raison de la superposition des clivages internationaux ou des résultats des élections nationales et européennes. Au cours de cette période nous observons une forte inter-détermination entre l’agenda politique de trois partis d’extrême droite (Rassemblement national, Reconquête!, Les Patriotes) et l’agenda médiatique des chaînes de notre corpus. Le cadrage discursif des vidéos s’aligne également avec celui des partis politiques d’extrême droite, ce qui s’explique notamment par le fait que les personnes invitées pour produire un commentaire sur l’actualité sont presque exclusivement d’extrême droite. Pourtant, ces médias de « réinformation » nouent le lien avec leurs publics sur le fondement d’un combat pour exercer un journalisme de droite, qui militerait pour l’union des droites. L’enjeu de cette communication sera d’interroger comment et pourquoi l’extrême droite médiatique tend à faire croire à un arrimage idéologique à droite pour tenter d’exercer une autorité aussi bien sur le champ journalistique que sur le champ du pouvoir.
17h Quitter Twitter pour X raisons : trajectoires numériques des journalistes en contexte d’extrême-droitisation d’un média social
Edouard Bouté (Laboratoire ETHICS, Université Catholique de Lille)
Raphaël Lupovici (Laboratoire CERAPS, Université de Lille)
Gulnara Zakharova (Laboratoire CARISM, Université Panthéon-Assas)
En 2022, le rachat de Twitter par Musk a conduit de nombreux acteurs médiatiques à investir des plateformes alternatives (Ng & Ray, 2025). La réélection de Trump en novembre 2024, alors allié du propriétaire du réseau social, a suscité une nouvelle vague de départs, illustrée en France par le mouvement #HelloQuitteX. Refusant de soutenir le pouvoir de Musk et d’avaliser son soutien actif à l’extrême droite, différents acteurs se sont tournés vers des services alternatifs tels que Threads, Bluesky ou le réseau décentralisé Mastodon. Parmi ces acteurs figurent un certain nombre de journalistes et de médias (Claesson, 2024 ; Balduf et al., 2025) tels que Ouest-France, Le Monde, Libération ou Mediapart. Cette situation interroge, dans la mesure où X occupait une place centrale dans les routines des journalistes. Leurs habitudes profondément ancrées se sont heurtées à un environnement en ligne de plus en plus hostile aux journalistes (Mercier & Amigo, 2021), alimenté par l’activité de l’extrême droite des plateformes (Ouakrat, 2023 ; Smyrnaios, 2025). À partir d’une méthodologie croisant approche quantitative et qualitative, cette communication entend éclairer quelles sont les stratégies de résistance et de compromission des journalistes confrontés à l’extrême droitisation du débat public en ligne. Nos résultats indiquent des formes de résistance en demi-teinte à l’emprise de Musk. Si des départs de X avaient déjà été anticipés en raison d’une brutalisation croissante du débat public (Badouard, 2018), d’une banalisation du harcèlement (Longhi & Vernet, 2023) et d’un défaut de modération, les usages de X n’ont pas disparu pour autant. Ce réseau reste un outil de veille et certains journalistes mettent en place une stratégie d’inscription dans la « bataille culturelle » en continuant justement à dénoncer et contredire ce qu’ils perçoivent comme des manipulations réactionnaires du débat public.
17h30 Être étudiant.e en journalisme dans un monde en proie à l’extrême-droitisation
Dubec Sophie (Laboratoire IRMÉCCEN, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Camila Moreira Cesar (Laboratoire IRMÉCCEN, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Ces dernières années, la recherche en SIC a accordé un intérêt croissant aux processus de droitisation et d’extrême-droitisation des médias (Kaciaf et Klaus, 2024). Ces travaux ont analysé empiriquement la visibilité accrue des acteur·ices et thématiques d’extrême droite dans les médias audiovisuels et la presse généraliste (Lefébure, Roche & Sécail, 2024 ; Ouakrat, 2023 ; Darras, 2025). À leur suite, nous proposons d’étudier les conséquences de ces processus sur les étudiant·es en journalisme, en analysant leurs représentations et attentes professionnelles vis-à-vis de ce métier. Notre objectif est de saisir si ce contexte sociopolitique influe sur l’intériorisation et la construction des normes professionnelles entourant le journalisme par des futur·e·s professionnel·le·s. Nous nous focalisant sur trois points principaux (Dubec & Moreira Cesar, 2025), à savoir : (1) Les attentes envers les formations ; (2) Les projets professionnels ; (3) Les questions de neutralité et d’objectivité. Pour ce faire, nous procéderons à une enquête par questionnaire (Berthier, 2023), que nous mènerons dans des promotions d’étudiant.es en journalisme dans trois formations de type différent : une formation publique reconnue par la profession, une formation privée non reconnue par la profession, une formation de région reconnue par la profession. Cette enquête, à vocation exploratoire, a pour objectif de déterminer si des tendances distinctes se dégagent selon le type de formation. Ce paramètre sera mis en perspective avec le profil sociodémographique des enquêté·es, ainsi que leurs opinions politiques. Le contexte d’extrême-droitisation ne sera pas abordé de manière directe dans le questionnaire ; trois questions ouvertes seront néanmoins proposées aux étudiant·es afin de leur offrir la possibilité de l’évoquer spontanément.